mardi 5 septembre 2017

Chronique : Pas plus de 4 heures de sommeil (Marlène Schiappa)


Résumé

Émilie et Morgane étaient autrefois les deux meilleures amies du monde. La vie et de mystérieuses raisons les ont séparées. L’année de leurs 30 ans, elles se retrouvent sur Facebook. Émilie s’y présente comme une « maman à plein temps » vivant à la campagne, famille Ricorée avec chant des petits oiseaux et bonne humeur constante. Morgane se raconte comme une working-girl parisienne, avec splendide ascension professionnelle et fréquentation des grands de ce monde. Mais la réalité est un peu moins rose… Émilie rêve secrètement d’échapper aux travaux inachevés de sa maison, à son mari démissionnaire et à ses enfants trop bruyants. Morgane, elle, collectionne les névroses, veut à la fois un bébé et le pouvoir dans un monde professionnel, certes branché, mais toujours sexiste, où maternité ne rime pas souvent avec promotion. Alors elles vont faire un pacte. Émilie aidera Morgane à concilier ses deux ambitions, et Morgane fera d’Émilie une parfaite workingmum.

Mon avis

Il faut savoir que ce livre s'est retrouvé dans ma Pile à Lire bien avant que Marlène Schiappa ne fasse partie du gouvernement actuel. Avant, aussi, que je n'apprenne qu'elle avait écrit un ouvrage grossophobe (voir un avis ici).

Le titre m'a tout de suite attirée, sans parler de la couverture ! Et je n'ai pas été déçue. J'ai dévoré les 300 pages de ce roman en un week-end, chose qui ne m'était plus arrivée depuis la naissance de ma fille ! 

On s'attache très vite aux deux héroïnes principales, Émilie et Morgane. Si leurs profils semblent caricaturaux au premier abord (mère au foyer éloignée de tout VS jeune cadre dynamique), il y a finalement beaucoup de subtilités dans leur écriture. Des contradictions, comme nous sommes nombreuses à en connaître : j'ai envie de m'occuper de mes enfants MAIS j'ai envie de travailler MAIS mon patron ne m'offrira pas de promotion si je tombe enceinte MAIS MAIS MAIS.

On ne se retrouve pas dans toutes les situations (parfois plus que rocambolesques) mais le principal est là. On retrouve même une réflexion sur le féminisme et la maternité. Suis-je féministe si je choisis d'être mère au foyer ? Ou si je préfère laisser mon enfant en garderie ? Spoiler : ce genre de choix ne définit absolument pas le féminisme ou non d'une personne. L'important est de faire en fonction de nos préférences, de nos possibilités, et de ne pas s'oublier dans l'histoire !

L'autrice réunit dans cette histoire différents concepts dont on a beaucoup entendu parler ces derniers temps , notamment la charge mentale et les injonctions contradictoires : comment Émilie peut-elle passer un entretien d'embauche si elle n'a pas de moyen de garde, et avoir un moyen de garde si elle n'a pas d'emploi ? Le serpent qui se mord la queue.

Enfin, j'ai apprécié cette lecture pour les nombreux fous rires qu'elle m'a apportés. Et ça, ça fait du bien !

vendredi 25 août 2017

Chronique : La femme gelée (Annie Ernaux)


Résumé

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un "cadre", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d'enseignante. Tout ce que l'on dit être la condition "normale" d'une femme. 

Mon avis

Ce n'est pas mon premier Annie Ernaux. Mais c'est un de ceux dont j'entends le plus souvent parler. Toujours par des féministes, pour qui cette lecture a pu être "le déclic", celui qui nous fait basculer du côté obscur de la force. Je comprends maintenant pourquoi.

Nous suivons ici la vie de la narratrice, depuis son enfance dans la région de Rouen, jusqu'à la trentaine, à Annecy. Ses parents ne forment pas un couple classique pour l'époque. Maman tient l'épicerie familiale pendant que Papa vient la chercher à l'école et fait la popote. Un schéma inhabituel, qui lui vaudra de plus en plus de moqueries. Pourtant, pour elle, c'est la normalité. Elle est ce qu'on appelle à tort "un garçon manqué".

En grandissant, elle veut à tout prix faire de longues études, avoir un métier, et ne pas devenir comme toutes ces filles qu'on voit se marier, faire des enfants, et disparaître de la circulation. Elle, elle ne tombera pas dans le piège. En plus, elle ne sait même pas cuisiner, tout juste réaliser une mousse au chocolat !

Pourtant, elle finit par rencontrer "le bon", et après plusieurs mois de fréquentations, eh bien, ce qui devait arriver arriva. Le mariage, le premier enfant, et tout doucement la chute vers tout ce qu'elle détestait, méprisait. Réviser le CAPES entre deux couches, préparer le repas pour Monsieur qui rentre midi et soir et qui, lui, "travaille".

Une phrase m'a particulièrement marquée. La narratrice parle de sa vie en ces termes :  « Toute mon histoire de femme est celle d’un escalier qu’on descend en renâclant ».

J'ai mis un mois à lire ce roman, pourtant court. Le style Ernaux, cette fois-ci, m'a gênée dans ma lecture. Phrases longues, syntaxe absente, métaphores pas toujours compréhensibles du premier coup. Pourtant, l'histoire de cette femme, et des femmes en général, a fini par me happer. Sûrement parce que j'y trouve un écho personnel, difficile à évite.

Je vais avoir besoin d'une lecture un peu plus légère dans les jours à venir !

Sur la pointe des pieds...

... je reviens ici.

Ces derniers temps, il a été difficile pour moi de lire autant qu'avant. C'est frustrant. Mais il faut reconnaître que j'ai un boulot prenant, que j'ai arrêté de prendre les transports en commun (meilleurs amis des lecteurs !) et que j'ai une enfant de 17 mois. Donc, pas toujours le temps de bouquiner tranquillement et encore moins d'écrire mes avis ici.

Pourtant, l'envie de revenir ici est enfin là. Je n'y croyais plus !

Je vais donc essayer de redonner un peu de vie à cet endroit, mais je ne promets rien.

A bientôt !

mercredi 9 novembre 2016

Chronique : Derniers instants (Steve Mosby)


Résumé

Brisé par le suicide de sa femme, Alex Connor a tout quitté : son métier, ses amis, son pays. Lorsqu’il apprend que Sarah, sa meilleure amie, a été assassinée, il revient pour la première fois dans la ville où il a longtemps vécu. La police ne tarde pas à mettre la main sur le coupable. Mais en dépit des indications données par celui-ci, le corps de Sarah reste introuvable.
Pendant ce temps-là, à l’autre bout du pays, Paul Kearney est sur les traces d’un tueur en série. Une femme vient d’être enlevée, il sait qu’il n’a qu’une semaine pour la retrouver.
Alex et Paul sont l’un comme l’autre encore loin de s’imaginer vers quelle monstrueuse réalité ils s’acheminent...
Mon avis

En 2014, j'avais eu un énorme coup de cœur pour Steve Mosby (évidemment, j'ai toujours envie d'écrire TED Mosby, c'est un peu énervant) et son thriller Un sur deux. Cette année, j'ai décidé de lire Derniers instants, et évidemment j'en attendais beaucoup - c'est un peu le souci.

On retrouve sans surprise l'attrait de l'auteur pour le gore, voire le très gore. Ici, rien ne nous sera épargné, que ce soit dans les descriptions des scènes de crime ou de torture. Cerise sur le gâteau, et parce qu'on sait bien que c'est finalement l'inconnu qui fait le plus peur, Steve Mosby réussit à glacer le sang grâce à un personnage énigmatique, que l'on devine grâce à quelques indices mais qui n'est jamais vraiment décrit. Effrayant !

Cependant, la mayonnaise a eu du mal à prendre pour moi. J'ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire car l'auteur enchaîne les chapitres, les points de vue et les situations. On sent bien qu'il essaie de tisser une grande toile pour son histoire, mais même en étant presque à la fin de ma lecture, il m'arrivait encore de confondre des personnages ! 

De plus, il faut bien avouer que l'histoire est très masculine : les personnages principaux sont tous des hommes, les femmes étant reléguées à des rôles de victimes. J'aimerais vous en dire plus sur ce point mais je ne souhaite pas vous spoiler davantage.

Bref, même si l'auteur tente un ultime twist dans les dernières pages (si je voulais être mauvaise langue jusqu'au bout, je dirais même que j'ai vu ce twist venir à des kilomètres...), je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir de la déception en refermant ce livre. Dommage.

jeudi 20 octobre 2016

Chronique : Les lois naturelles de l'enfant (Céline Alvarez)


Résumé

L'enfant naît câblé pour apprendre et pour aimer. Chaque jour, les neurosciences nous révèlent son incroyable potentiel, sa capacité à se nourrir du monde pour former son intelligence. Pourtant, par manque d'information, nous imposons à l'enfant un système éducatif inadapté aux leviers naturels de son jeune cerveau, qui l'empêche d'apprendre qui freine l'apprentissage et n'encourage pas sa bienveillance innée. Plus de 40% d'entre eux sortent du primaire avec des lacunes qui les empêcheront de poursuivre une scolarité normale. e livre fondateur révèle une autre façon de voir l'enfant et de concevoir son éducation à la maison et à l'école. Céline Alvarez explique de manière limpide les grands principes scientifiques qui sous-tendent l'apprentissage et l'épanouissement. Elle partage son expérience, les activités qui peuvent aider les enfants à développer leur potentiel, ainsi que la posture appropriée de l'adulte. 

Mon avis

Avant-propos : j'ai conscience que cet essai (et son autrice) soulève de grands débats dans la communauté des enseignants et / ou des parents. Personnellement, je n'entre que dans l'une de ces catégories et je ne souhaite absolument pas juger du travail des enseignants (comme on dit, j'en ai même plein dans mes amis :D). Bref, je donnerai mon avis en tant que parent.

Avant même d'être enceinte et de devenir mère, je m'intéressais de très près aux pédagogies dites "alternatives" (Montessori, Freinet & co). En gros, des pédagogies qu'on ne retrouve pas forcément (ou peu) dans les écoles publiques. Celles-ci m'ont toujours semblé plus respectueuses du rythme de l'enfant et de sa manière d'apprendre. Cet intérêt s'est donc fortement accentué durant ma grossesse et ça continue aujourd'hui !

Céline Alvarez présente une bibliographie très fournie et de nombreuses études afin d'appuyer son propos. Même si nous n'avons pas touTEs le courage et / ou le temps de les lire en profondeur, ce qu'elle en extrait est assez édifiant pour nous convaincre. M'intéressant déjà au sujet depuis quelque temps, je connaissais quelques références et auteurs (notamment Catherine Gueguen, incontournable !), mais un rappel ne fait jamais de mal et j'ai tout de même appris beaucoup de choses sur le cerveau des bambins.

J'ai beaucoup aimé la description du matériel utilisé en classe, mais aussi et surtout celle de la posture de l'adulte (l'enseignante ainsi que son assistante). En effet, ainsi qu'elle le répète : le matériel, aussi beau et onéreux soit-il, est totalement inutile et inefficace sans la présence bienveillante de l'adulte. On peut donc s'inspirer de tout cela, que ce soit à la maison ou à l'école... Le but n'est pas de reproduire à 100% la démarche de l'autrice, mais de se l'approprier et de l'adapter à ses moyens.

Même si j'ai adoré cette lecture, il y a de petites choses qui m'ont gênée, notamment le ton de l'autrice (parfois très niais). Ceci dit, c'est vraiment un défaut mineur.

On ne peut que souhaiter (en tout cas, je le souhaite !) que ce type de démarches continue à se répandre. Sur son site Internet, Céline Alvarez propose aux enseignants de s'inscrire sur une carte afin de créer un réseau : qu'on soit simplement intéressé ou déjà dans la démarche, on est le bienvenu.

Je peux me tromper, mais en tout cas je n'ai pas l'impression que Céline Alvarez se positionne en "gourou" de l'éducation. Je pense que son intérêt premier est celui de permettre aux enfants, qu'ils soient scolarisés dans le public ou non, d'apprendre dans les meilleures conditions. 

J'espère donc que son message, et celui de milliers d'enseignants et de parents, sera entendu et que les choses bougeront petit à petit, car il est évident que les écoles privées (et onéreuses) ne sont pas à la portée de touTEs.

mercredi 19 octobre 2016

It's alive !

Eh oui, comme je l'avais prédit au mois de mars, ce blog a lâchement été laissé à l'abandon ! 

Enfin, lâchement n'est pas le mot adéquat, puisque j'ai tout simplement donné naissance à une petite souris au mois de mars. Entre deux tétées et couches, difficile de lire et encore plus de venir en parler ici.

Enfin, tout cela est du passé je l'espère, car j'ai repris le travail et avec lui les trajets quotidiens en RER : à moi la lecture !

Je peux même vous dire qu'une chronique est en préparation... et elle parlera justement d'éducation !

A bientôt :)


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samedi 5 mars 2016

Chronique : L'événement (Annie Ernaux)


Résumé

«Depuis des années, je tourne autour de cet événement de ma vie. Lire dans un roman le récit d'un avortement me plonge dans un saisissement sans images ni pensées, comme si les mots se changeaient instantanément en sensation violente. De la même façon entendre par hasard La javanaiseJ'ai la mémoire qui flanche, n'importe quelle chanson qui m'a accompagnée durant cette période, me bouleverse.»
Mon avis


Annie Ernaux fait partie de ces auteures qu'on m'a conseillées mille fois, et dont le nom revient très souvent à mes oreilles - notamment dans les milieux féministes. Ayant enfin décidé de me lancer, j'ai jeté mon dévolu sur L'événement, et ce n'était pas un hasard puisque j'en ai toujours entendu beaucoup de bien et que le thème me parlait : l'avortement.

Plus précisément, l'avortement avant qu'il ne devienne légal. L'auteure, plus de trente ans après les faits, couche enfin sur papier ce qui lui est arrivé et qui la hante depuis. On a donc affaire à un récit autobiographique, court et percutant, que personnellement j'ai lu en une journée sans pouvoir lever les yeux !

Étudiante, elle se retrouve complètement démunie face à cette grossesse non désirée : le géniteur habite loin et semble peu se préoccuper de l'affaire, impossible d'en parler à ses parents, et elle risque la prison pour pouvoir avorter. 

C'est alors un parcours de la combattante qui se présente, terriblement long, fait de bouche à oreille et d'adresses illégales qu'on se refile sous le manteau. On vit cette lenteur avec elle, page après page, on suffoque presque - même en sachant par avance qu'elle parvient à ses fins !

Ce témoignage est précieux, comme tous ceux des personnes de cette époque. Il permet de réaliser à quel point l'avortement est un droit fragile, pour lequel il a fallu (et il faut encore) se battre. Pour échapper aux sondes, à l'eau de Javel et aux aiguilles à tricoter. Pour avoir le choix de sa (non-)fécondité et ne plus en mourir.

Un récit à mettre entre tous les mains, pour continuer la bataille.